La nouvelle promo d’Harvard bat des records en matière de diversité

22 août 2017

Cette année, il y a plus d’étudiants issus de minorités admis à Harvard que d’étudiants blancs. Mais les débats autour des pratiques de discrimination positive dans les universités américaines n’ont jamais été aussi forts…

Avec près de 40.000 candidats et seulement 5% d’heureux élus, l’université d’Harvard, près de Boston, est l’une des plus sélectives des Etats-Unis. Souvent taxée d’élitisme, elle commence pourtant à ouvrir ses portes à une plus large diversité d’étudiants…

Ainsi, cette année, un peu plus de la moitié (50,9 %) des 2.038 étudiants admis à Harvard sont issus de minorités. Une proportion qui a progressé de 3 points par rapport à l’année précédente, où seulement 47,3 % des étudiants étaient issus de la diversité.

Minorités et parité

Dans le détail, cette nouvelle promotion qui sera diplômée en 2021, compte 14,6% d’Afro-américains, 22,2% d’étudiants d’origine asiatique, 11,6% de Latinos et 2,5% d’Amérindiens.

Si l’on compare ces proportions à la population globale américaine (grâce aux données du Bureau du recensement), on note que les Latinos sont sous-représentés puisqu’ils représentent 17,8% des Américains. A l’inverse, les personnes d’origine asiatique sont largement surreprésentées dans la nouvelle promo d’Harvard puisqu’elles ne comptent que pour 5,7% de la population américaine. Côté Afro-américains, les proportions sont à peu près équivalentes dans la nouvelle promo d’Harvard et à l’échelle du pays.

Autre chiffre intéressant : le pourcentage de nouveaux étudiants qui sont les premiers à faire des études universitaires dans leur famille. Dans la future promo diplômée en 2021, 15% des admis sont dans ce cas. Enfin, des progrès ont aussi été faits en termes de parité, puisque la moitié des nouveaux entrants à Harvard seront des étudiantes (49,6% contre 47,8% l’année dernière).

Lever les barrières

Ces chiffres traduisent les actions d’Harvard en matière d’ouverture sociale. L’université s’est en effet engagée à lever les obstacles, notamment financiers, pour que tout le monde puisse intégrer ses rangs. Ainsi, comme elle le rappelle sur son site : “20% des familles ne payent rien”, celles où le revenu des parents ne dépasse pas 65.000 $ par an (environ 55.000 €). Pour couvrir les frais de scolarité de leur enfant, un système de bourses, financé grâce à la générosité des anciens élèves, a été mis en place.

Au-delà de 65.000 $ de revenus annuels, les parents participent aux frais de scolarité : environ 70.000 dollars par an tout compris (inscription à l’université, hébergement, etc). Cette proportion dépend de leurs revenus -plus ils sont élevés plus ils participent- mais le montant reste inférieur à 12.000 $ dans 60% des cas.

Bon à savoir : ce système de financement reste valable pour les étudiants internationaux (non citoyens américains et non résidents) qui représentent 12,8% des admis cette année. Donc, si votre petite soeur a envie d’aller étudier aux Etats-Unis, Harvard ne lui coûtera peut-être pas si cher que cela.

Polémiques autour du racisme à l’université

Reste qu’au-delà des blocages financiers, il faut aussi faire évoluer les mentalités et notamment lutter contre certains comportements racistes encore en vigueur dans les plus prestigieuses universités américaines. Harvard semble en tout cas avoir pris le problème au sérieux, puisqu’elle a aboli certaines traditions et symboles faisant référence à l’esclavage (notamment l’emblème de son école de droit) et créé une task force pour lutter contre le racisme sur le campus.

Néanmoins, il reste encore du chemin à parcourir pour changer les représentations des étudiants eux-mêmes. En juin dernier, dix membres de la promotion 2021 ont été exclus d’Harvard, avant même d’arriver sur le campus, pour avoir partagé des memes racistes et sexistes sur un groupe Facebook.

L’affirmative action en question

Au-delà des comportements racistes, une autre polémique est en train de prendre de l’ampleur aux Etats-Unis : les pratiques d’affirmative action (ou « discrimination positive ») mises en place par les universités. Dans une note interne du ministère de la justice, l’administration affirme en effet vouloir enquêter sur la « discrimination intentionnelle basée sur la race dans la politique d’admission des universités ».

Plusieurs étudiants asiatiques ont en effet déposé plainte en 2015, s’estimant lésés par les établissements les plus prestigieux du pays. Selon eux, leurs notes auraient du leur assurer une place à Harvard, ou dans l’une des universités de la « Ivy League », mais des étudiants issus d’une autre minorité et ayant de moins bonnes notes leur auraient été préférés.

Si les quotas de recrutement à l’université basés sur la race sont interdits aux Etats-Unis, les établissements peuvent tout de même prendre cet élément en compte parmi leurs critères de sélection. Harvard, au même titre que d’autres universités est ainsi régulièrement critiquée pour l’opacité de son processus d’admission.

Par Clémence Boyer

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