DISCRIMINATION DANS LE RECRUTEMENT DES GRANDES ENTREPRISES

Le candidat Emmanuel Macron avait annoncé une série de testings sur les discriminations qui devait être associée à du « Name and Shame ».

La première série de testings a été réalisée l’année dernière, mais le Gouvernement est revenu sur sa volonté de dévoiler les noms des entreprises aux mauvais résultats.

Hier, l’étude a été publiée par les chercheurs en charge du testing sans révéler les noms des entreprises.

Télécharger l’étude : http://www.tepp.eu/doc/users/268/bib/dreamrr1.pdf

Voici les principaux enseignements.

Critères testés : Origine ethnique (patronyme maghrébin) et adresse (quartier prioritaire de la ville).

Entreprises testées : 103 parmi les 120 plus grandes entreprises françaises.

Les tests :

1500 candidatures en réponse à des offres d’emploi auprès de 40 entreprises (environ 40 candidatures par entreprise).

16143 candidatures spontanées auprès de 103 entreprises dont :

  • 6000 envoies de candidatures spontanées avec CV.
  • 10143 demandes d’informations complémentaires sur le poste sans envoi de CV.

Résultats :

Sur les réponses aux offres d’emploi :

  • Pas de différences significatives liées à l’adresse.
  • Taux de réponse positif patronyme d’origine française : 41 %
  • Taux de réponse positif patronyme d’origine maghrébin : 33.2 %

Soit 20% de chances en moins pour le candidat maghrébin d’accéder à l’entretien.

Sur les candidatures spontanées :

  • Pas de différences significatives liées à l’adresse.
  • Taux de réponse positif patronyme d’origine française : 9.8 %
  • Taux de réponse positif patronyme d’origine maghrébin : 8.1 %

 Soit 18% de chances en moins pour le candidat maghrébin d’avoir une réponse.

Résultats globaux corrigés par les chercheurs :

  • 30% de chances en moins pour le candidat maghrébin d’être convoqué ou d’avoir une réponse sur l’ensemble des tests.
  • 15 entreprises avec des taux de discrimination significatifs.

Les autres enseignements :

On observe plus de discrimination dans les entreprises qui gagnent le plus, qui sont exposées à la concurrence internationale et dans les secteurs des biens de consommation, de l’industrie et du service aux entreprises.

Quelles conclusions ?

L’étude révèle qu’il y a encore beaucoup de discriminations en raison de l’origine ethnique dans les grandes entreprises. Quinze d’entre elles ont des résultats significatifs, c’est-à-dire que les chercheurs ont pu conclure que, statistiquement, elles discriminaient en leur sein. Au vu du nombre de tests réalisés, on peut s’attendre à des résultats très mauvais…

Ces testings vont se multiplier, car d’autres acteurs que le Gouvernement comme des associations ou des fondations chercheront à faire réaliser des études similaires dans les prochaines années. Et quand cela arrivera, ces acteurs n’hésiteront pas à révéler les noms des entreprises…

L’affaire du Slip français en ce début d’année montre aussi combien la question du racisme et des discriminations raciales sont des enjeux de société qui suscitent une émotion de plus en plus forte à chaque fois qu’une situation est révélée par la presse ou les réseaux sociaux.

Souvenez-vous qu’aux États-Unis, Starbucks a fermé l’année dernière tous ses magasins pendant une journée pour former ses salariés aux biais sur l’origine suite à une situation de crise. C’est un sujet qui compte et qui sera central dans les prochaines années en France. On estime que 30% des personnes vivant en région parisienne ont des origines étrangères !

Il est encore temps d’être proactif sur le sujet. Cela ne vous garantira pas à 100% d’éviter un bad buzz ou une crise, mais ça fera largement la différence au moment ou vous serez contraint de la gérer !

J’ai été directeur général de SOS Racisme pendant plusieurs années et je sais que la plupart des discriminations ne sont pas l’œuvre d’une idéologie raciste.

Moi-même, après 10 ans d’engagement à SOS Racisme, j’ai réalisé le test d’association implicite sur les personnes noires et j’ai eu des résultats indiquant que j’ai des stéréotypes envers elles. 10 ans d’engagement antiraciste ne m’ont pas vacciné contre les stéréotypes. Cela ne fait pas de moi une mauvaise personne, juste un être humain qui comme chacun et chacune d’entre nous, a des stéréotypes. Mais conscient de cela, je me dois d’être plus attentif à mes biais dans certaines situations.

En France, les stéréotypes liés à la couleur de peau sont encore très largement présents et il est difficile d’aborder le sujet. Ma méthode permet de parler de ces sujets de façon non culpabilisatrice grâce à une approche scientifique et grâce à mes connaissances sur l’origine historique de ces stéréotypes.

Sensibiliser ses collaborateurs pour que chacun et chacune prenne conscience de ses biais est la première étape pour favoriser l’inclusion et la diversité d’une entreprise.

Il est encore temps…

Etienne Allais / etienne.allais@entre-autre.fr / 0673289687

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