Discriminations ethno-raciales en entreprise, sortons du déni.

Il a des sujets plus compliqués à aborder que d’autres. Le racisme et les discriminations raciales en font partie.

Il suffit de voir comment les initiatives contre l’homophobie, le sexisme, la grossophobie… se développent en sein des entreprises, mais presque jamais contre le racisme…

Le récent testing du Gouvernement a de nouveau mis en lumière la difficulté des entreprises à admettre qu’il y a un sujet. La question n’est pas de dire que les entreprises seraient racistes ou opéreraient des discriminations systémiques, nous n’en sommes plus là fort heureusement dans la grande majorité des cas.

D’ailleurs, à écouter les différents débats qui se tiennent dans les médias, on entend souvent dire « je ne vois pas les entreprises discriminer en raison de l’origine, ce serait contre-productif vis-à-vis de la difficulté à trouver des personnes qualifiées ».

Sauf que la discrimination ne signifie pas que les personnes noires, maghrébines ou autres sont systématiquement écartées. Cela signifie qu’elles ont moins de chance, en proportion, d’accéder à un emploi en raison des discriminations en raison de l’origine.

Procédons par analogie. Il est admis aujourd’hui que les femmes sont victimes de discriminations, en témoignent les inégalités de salaire encore présentes dans la société. Des études montrent qu’à compétence égale, il y a encore 10% d’écart de rémunération en France. Pourtant personne ne nous dit aujourd’hui que les entreprises ne peuvent pas être discriminantes au vu du fait que les femmes représentent 50% de l’effectif.

Pour être plus clair, je ne comprends pas pourquoi on écarte systématiquement le fait qu’il puisse y avoir des discriminations ethno-raciales au simple fait qu’il y aurait des personnes de toutes les couleurs dans l’entreprise.

Ce que je comprends, c’est que ce sujet est tellement difficile à aborder sans déchaîner les passions que beaucoup préfèrent ne pas le faire.

Le paradoxe c’est que ce caractère tabou est justement ce qui fait que les salariés sont généralement très contents qu’il puisse être abordé avec méthode et bienveillance.

Depuis de nombreuses années où je fais ce travail, j’ai eu des centaines de retours positifs me remerciant d’avoir permis un échange sur ces sujets de façon apaisée et constructive.

Les premiers dirigeants avec qui j’ai travaillé étaient inquiets au lancement des formations et c’est normal. Ils laissaient au début des référents en fond de salle pour s’assurer que ce sujet ne fasse pas partir en vrille certains salariés. Ils ont vite constaté que cela ne servait à rien car quand on ne juge pas les gens, mais qu’on pose ces sujets de façon scientifique, on ouvre un cadre de discussion apaisée sur nos stéréotypes qui est bénéfique à tout le monde.

Moi-même, et je le rappelle souvent, je ne suis pas exempt de stéréotypes raciaux. Même après avoir été DG de SOS Racisme. Je raconte souvent une anecdote durant cette période où, persuadé de m’adresser au vigile d’un supermarché, j’avais interpellé une personne noire en costard à proximité de l’accueil qui s’est avéré être un client.

La différence est que, connaissant l’histoire de mon pays et l’impact de la colonisation sur l’imaginaire collectif, j’ai accepté d’être traversé par ces stéréotypes très largement présents dans notre société.

Et sachant cela, je fais en sorte d’être encore plus vigilant car, si j’étais recruteur, j’aurais plus de risques d’être discriminant qu’un autre alors même que je suis engagé depuis longtemps sur le sujet !

Autrement dit, le fait de se penser sincèrement antiraciste et tolérant ne nous empêche pas de discriminer !

Donc oui, comme le reste de la société, les salariés des entreprises sont traversés par des stéréotypes et leurs pratiques individuelles peuvent amener à des discriminations raciales.

Est-ce si compliqué de l’admettre ?

Car honnêtement, quand je vois qu’une entreprise qui, après trois testings qui mettent en évidence des discriminations raciales, explique que le problème c’est la méthodologie du chercheur, j’ai un peu mal à ma France.

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