Diversité : pour le CSA, le compte n’est pas bon

Dans son baromètre annuel, le Conseil supérieur de l’audiovisuel demande que « des efforts significatifs » soient réalisés en matière de diversité.

Par Audrey Freynet

Le constat du Conseil supérieur de l’audiovisuel est sans appel. Les personnes représentées dans le paysage audiovisuel sont principalement des hommes blancs appartenant aux catégories socioprofessionnelles supérieures (CSP + ) et sans handicap.

Dans son baromètre 2019 de la diversité de la société française* publié le 29 septembre, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) enjoint aux chaînes de fournir « des efforts significatifs » pour améliorer la visibilité de la diversité et déplore qu’« une part de la société française reste encore ignorée des médias ». Il rappelle par ailleurs qu’il est « plus que nécessaire de montrer le pays dans toutes ses diversités pour lutter contre l’ignorance et toutes formes de préjugés ou de discriminations ».

Plus d’hommes blancs

Cette année, le CSA enregistre une baisse de la représentation des personnes perçues comme « non blanches » à la télévision, une proportion qui varie ces dernières années entre 14 et 17 %.

L’année 2019 se situe dans la fourchette basse avec seulement 15 % des personnes perçues comme « non blanches », contre 17 % en 2018. Dans le détail, la moitié d’entre elles sont « perçues comme noires » et seulement un quart « comme arabes ». Il est néanmoins impossible de comparer ces chiffres avec la réalité de la société française.

Il faut néanmoins noter que 21 % des rôles « positifs » dans les programmes de fiction sont représentés par des personnes « perçues comme non blanches ». Un fait souligné par le CSA qui reconnaît un « effort particulièrement important […] afin de ne pas donner une image stigmatisante ».

Les femmes encore sous-représentées

Que ce soit dans des programmes de divertissements, de fiction, d’information ou de sport, les femmes demeurent sous-représentées, selon le rapport. Bien que la France compte plus de femmes (52 %) que d’hommes (48 %), ces dernières ne sont en moyenne que 39 % à apparaître sur le petit écran. Au sein de cette proportion, le pire résultat concerne les programmes sportifs avec seulement 15 % de représentation féminine.

Le handicap marginalisé, les séniors oubliés

Près de 20 % de la population française est en situation de handicap, soit 12 millions de personnes, selon les chiffres de l’Insee. Elles ne représentent pourtant que 0,7 % des personnes à l’écran. Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée du Handicap, parle de « retard pris sur la place des personnes handicapées dans les médias » dans un tweet le jour de la publication du rapport du CSA.

Pour ce qui est des personnes âgées, même constat. Les personnes de 65 ans et plus, qui représentent tout de même 21 % de la population française, « ne sont présentes qu’à hauteur de 6 % sur les écrans ». Ce sont les 35-49 ans qui sont, eux, surreprésentés dans l’ensemble des programmes.

Les CSP + encore trop mis en avant

La grande majorité des personnes apparaissant sur le petit écran – 73 % tout de même – font partie des catégories socioprofessionnelles supérieures. Pourtant, la part des cadres, des chefs d’entreprise ou des professions intermédiaires n’est que 28 % dans la réalité, selon les chiffres 2019 de l’Insee.

Ce sont les inactifs, qu’ils soient au chômage, personnes au foyer, étudiants ou retraités, qui prédominent pourtant en France (45 %), alors que cette partie de la population ne représente que 15 % à la télévision.

Aussi, les catégories socioprofessionnelles inférieures, telles que les ouvriers, employés et agriculteurs, passent de 27 % dans la réalité à seulement 12 % dans le paysage audiovisuel.

La vigie de l’audiovisuel clôture son rapport 2019 en rappelant que les médias audiovisuels et principalement la télévision « jouent un rôle important dans le processus d’intégration ». Pour son président, Roch-Olivier Maistre, « on ne peut pas accepter une télévision dans laquelle on ne se retrouve pas », et de préciser au micro de France Inter être favorable à ce que « les chaînes se fixent des objectifs quantitatifs ». Affaire à suivre.

* Le baromètre du CSA est réalisé après le visionnage de 2 400 programmes de fiction, de documentaire, de divertissement, d’information et de sport sur 18 chaînes, à la mi-journée et entre 17 heures et 23 heures, pendant une semaine en mars 2019 et une autre en septembre 2019. Les chiffres du rapport sont basés au total sur près de 38 000 personnes.

Source :https://www.lepoint.fr/societe/diversite-pour-le-csa-le-compte-n-est-pas-bon-29-09-2020-2394214_23.php

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