Chaque année, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) publie son rapport sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. La 36e édition, publiée en juin 2026, met en lumière un paradoxe que nous connaissons bien dans le domaine des discriminations : les opinions progressent, les actes ne suivent pas.
A. Une société globalement plus tolérante…
L’indice longitudinal de tolérance atteint 64 sur 100 en 2025, le quatrième meilleur score depuis 1990. La tendance de long terme est à la hausse et elle est portée par les jeunes générations : on observe un écart de 25 points entre les personnes nées après 1987 et celles nées avant 1966.
B. … où les préjugés résistent et les actes augmentent
- 59 % des personnes interrogées pensent que beaucoup d’immigrés viennent en France uniquement pour profiter de la protection sociale ;
- 23 % estiment que les enfants d’immigrés nés en France ne sont pas vraiment français ;
- les Roms restent la minorité la moins acceptée : 64 % de la population les considère comme un groupe « à part » ;
- les infractions racistes, xénophobes ou antireligieuses enregistrées augmentent de 5 % en 2025 (9 737 faits), les actes antimusulmans de 88 %, et les actes antisémites restent à un niveau très élevé (1 320) ;
- environ 1,2 million de personnes déclarent chaque année avoir subi une atteinte raciste, mais 97 % ne portent pas plainte.
C. Comment expliquer ce paradoxe ?
Plusieurs mécanismes, bien documentés en psychologie sociale, se combinent :
- Le décalage entre attitudes déclarées et comportements. On peut sincèrement condamner le racisme et prendre des décisions influencées par des stéréotypes. C’est tout le sujet des biais inconscients.
- Une minorité plus active. Une tolérance moyenne en hausse peut coexister avec une frange plus radicale, et plus désinhibée.
- L’effet du contexte. Les tensions internationales et certains discours publics, que la CNCDH dénonce explicitement, légitiment des passages à l’acte.
C’est le même paradoxe que nous observions pour le sexisme dans notre article sur les biais de conformité : la prise de conscience progresse, mais elle ne suffit pas à changer les pratiques.
D. Des préjugés qui se forment très tôt
Le rapport consacre cette année un focus au racisme chez l’enfant. Les préjugés se construisent très tôt, à travers la famille, l’école, les médias et les réseaux sociaux. La CNCDH recommande notamment des supports pédagogiques montrant la diversité dès la petite enfance et la formation des professionnels de l’éducation. Nous le disions déjà dans « Quel âge ont nos préjugés ? » : pour agir sur un préjugé, il faut comprendre comment il s’est formé.
E. Ce que cela implique pour les organisations
- L’absence de signalement ne signifie pas l’absence de cas. Avec 97 % de non-recours au niveau national, il serait illusoire de penser que les dispositifs internes d’alerte captent la réalité.
- Mesurer plutôt que supposer : enquêtes anonymes sur le vécu des salariés, testing, analyse des parcours.
- Agir sur les comportements, pas seulement sur les opinions : des formations qui outillent face aux situations concrètes plutôt que des rappels de valeurs que tout le monde partage déjà.
Vous souhaitez mesurer et prévenir le racisme dans votre organisation ? Contactez-nous.
Etienne Allais