Préjugés, stéréotypes, discriminations : comment lutter contre ?

  1. Rapide aperçu des apports scientifiques :

Cette partie est largement inspirée du livre : Stéréotypes, préjugés et discrimination – J-B Légal et S. Delouvée – Editions DUNOND – 2016

La discrimination est, selon Dovidio et Gaertner en 1986, un comportement négatif et non justifiable dirigé contre les individus membres d’un exogroupe envers lequel nous entretenons des préjugés.

C’est donc une forme de mise en actes des préjugés et des stéréotypes.

Les stéréotypes sont eux, selon Walter Lippmann (1922) : des images dans nos têtes, simplificatrices, relativement rigides, et pas toujours de bonne qualité, qui fonctionneraient comme des filtres entre la réalité objective et l’idée que l’on s’en fait.

Les causes des stéréotypes sont discutées depuis longtemps et plusieurs facteurs les expliquent : ils peuvent être intra-individuels, socioculturels, intergroupes et idéologiques.

Un des facteurs intra-individuel est notre tendance spontanée à la catégorisation du fait nos capacités de traitement limitées qui nous amènent à utiliser des stéréotypes. Lippmann disait en 1922 : « l’environnement réel est à la fois trop vaste, trop complexe […]. Nous ne sommes pas équipés pour faire face à autant de subtilité et de diversité, à autant de permutations et de combinaisons. Puisque nous devons composer avec un tel environnement, il nous faut donc le réduire en un modèle plus simple avant de pouvoir le gérer. ».

Les facteurs socioculturels sont, notamment, comment l’histoire a construit, diffusée et entretenue de nombreux stéréotypes sur le genre, la « race », l’orientation sexuelle… A titre d’exemple il suffit de voir comment des enfants qui n’ont pas d’apriori ou de stéréotypes vis-à-vis des autres enfants vont, entre 3 et 6 ans, assimiler les principaux stéréotypes raciaux et ceux relatifs aux rôles sexués.

Parmi les facteurs intergroupes on retrouve la théorie du bouc émissaire de Dollard, Doob, Miller, Mowrer et Sears – 1939, qui nous expliquent que les frustrations engendrent des réactions agressives qui se tournent vers un bouc émissaire lorsqu’elles ne peuvent pas être dirigées vers la ou les personnes responsables.

Enfin, un des facteurs idéologiques est la croyance en un monde juste dans un système de dominance sociale. C’est l’idée selon laquelle on obtient ce que l’on mérite et que, au final, les stéréotypes sociaux (et les autres) seraient la conséquence de choix individuels.

Cette multitude de facteurs explique pourquoi il est souvent si difficile de lutter contre les stéréotypes, les préjugés et leurs mises en actes.

  • Pourquoi les stéréotypes sont encore si forts aujourd’hui ?

Lors d’un échange avec Jacques Attali, il me disait assez justement : combattre les préjugés est un combat nécessaire même s’il est sans fin.

C’est ce que nous devons réussir à mener, un combat nécessaire mais sans répit.

Ceux qui défendent une vision idéologique ne sont pas plus nombreux aujourd’hui, je pense même qu’ils le sont moins. Et plusieurs études montrent que le niveau de tolérance en France augmente régulièrement depuis 30 ans (voir les sondages de la CNCDH).

La différence est liée à ce que Gérald Bronner appelle la dérégulation de l’information (voir : https://www.cairn.info/revue-communication-et-langages1-2014-1-page-126.htm ). L’arrivée d’un espace d’information libre qu’est internet a permis à ce qu’il nomme les « croyants » de diffuser leurs idées de façon bien plus large. Par définition, les « croyants » sont plus mobilisés que les « sachants » dans ces espaces et ainsi leurs idées finissent pas se diffuser dans des sphères ou les « sachants » n’ont plus de prise.

Fake news, théories du complots… L’actualité est pleine de ces exemples qui contribuent à diffuser des stéréotypes et, ainsi, à augmenter les risques de pratiques discriminatoires. Il ne faut pas, à mon avis, sous-estimer l’impact d’une fake news sur les migrants sur le ressenti d’une personne qui recrute et qui risque, de ce fait, d’écarter toute personne qui entre dans la catégorie fantasmée de « migrant ».

En entreprise, de nombreuses personnes, qui ne sont pas des « croyantes » actives sont influencées par ces discours et, du fait des mécanismes décrits précédemment, deviennent susceptibles de discriminer au quotidien.

  • Comment agir ?

L’idée n’est pas de vous faire une liste exhaustive des études qui tentent d’expliquer les mécanismes des stéréotypes qui conduisent aux discriminations mais bien d’essayer d’en saisir les leviers d’actions pour les déconstruire ou, dans un premier temps, bloquer leur mise en actes.

Pour cela, il est à mon avis nécessaire de créer des teams de « sachants », c’est-à-dire des personnes capables de déconstruire méthodologiquement les arguments des « croyants » au quotidien afin de contribuer à la déconstruction des stéréotypes. Cela ne se fera pas dans des cadres normés (formations, conférences…) mais bien à travers les échanges informels quotidiens.

C’est en agissant sur les normes implicites quotidiennement que les stéréotypes reculeront réellement et que, à minima, les pratiques discriminatoires reculeront massivement.

C’est le sens de la formation que je vous propose « Déconstruire les préjugés au quotidien : quelles techniques, quels arguments. »  qui vise à créent des groupes de personnes actives sur le sujet.

Etienne Allais

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